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Pourquoi personne ne comprend rien à la politique argentine

J’ai vécu près de 3 ans en Argentine. J’ai une licence en éco-gestion (traduction : j’ai de vagues souvenirs de cours de mes cours de macroéconomie). J’ai travaillé avec des Argentins. Je lis régulièrement la presse argentine (bon ok, je lis régulièrement les titres de la presse argentine).

Je devrais donc pouvoir expliquer aisément la situation politique du pays. N’est-ce pas ?

Et bien non.

Je n’y comprends rien. Que dalle.

Mais avant de me jeter la pierre, sachez que je suis loin d’être la seule dans ce cas. Je me demande même si les Argentins y comprennent quelque chose. Pire encore : vu la situation économique du pays, je me demande si les politiques argentins eux-mêmes réussissent à y voir clair.

Analysons donc ci-dessous les raisons pour lesquelles personne ne comprend rien à la politique argentine.

1- Le caractère passionnel des Argentins

Quiconque ayant déjà côtoyé des Argentins s’est probablement rendu compte de leur caractère passionnel.

(Pour plus d’infos, je parle ici des caractéristiques du porteño, habitant de Buenos Aires)

Ce n’est donc pas étonnant que, lorsque vous posez des questions à un Argentin sur la politique de son pays, il vous réponde de façon très manichéenne. En effet, pour l’Argentin, le gris n’existe pas. Soit c’est noir, soit c’est blanc. En l’occurrence, il vous dira sûrement que son candidat est génial, un véritable sauveur de l’humanité, tandis que son opposant est un véritable désastre planétaire.

C’est la principale raison pour laquelle avoir une vision objective de la scène politique argentine est si difficile.

2- La personnalité de Cristina Kirchner

Pour couronner le tout, l’un des personnages emblématiques de la politique nationale, Cristina Kirchner, semble déchaîner des passions toujours plus intenses. C’est bien simple : selon votre interlocuteur, Cristina Kirchner (ex -présidente du pays, qui pourrait fort bien être réélue en décembre 2019) vous sera présentée soit comme un ange tombé du ciel, soit comme un démon avide de pouvoir et d’argent.

Cristina permet de cristalliser les passions argentines : soit tu l’aimes (d’un amour fou), soit tu la hais (d’une haine destructrice). L’entre-deux n’existe pas.

3- La corruption qui emmêle tout

Rajoutons à tout ceci une corruption rampante qui gangrène la classe politique. On ne compte plus les scandales qui ont accompagné les mandats présidentiels des dernières décennies.

D’ailleurs, on a retrouvé de l’argent volé par des personnalités politiques dans des endroits assez incongrus, notamment dans des couvents ou des toilettes ministérielles. Ben oui, quitte à être corrompu, autant y ajouter un peu de paillettes et d’originalité.

Donc si les opinions politiques des Argentins sont divisées, il y a bien une chose qui les met d’accord: la corruption. Ils l’admettent tous : le gouvernement est corrompu, et ceci quelque soit le parti du président. Ouf, enfin un terrain d’entente.

4- L’inflation qui complique le schmilblick

Peu importe que les ministres de la finance/économie argentins sortent de Harvard, de l’ENA ou de Yale. Malgré leurs diplômes qui en mettent plein la vue, et leurs impressionnants CVs, aucun d’entre eux ne semble parvenir à mettre fin au cycle infernal de l’inflation. Depuis des années, le peso perd régulièrement de la valeur, sans que personne n’arrive à endiguer le phénomène.

En 2002, 1 perso argentin valait 1 dollar américain. En 2019, au début du mois de septembre (vu la rapidité de la dévaluation du peso, mieux vaut préciser la date, puisque le taux sera obsolète à la fin du mois) on est à 60 pesos = 1 dollar américain.

Ce cycle infernal oblige les Argentins à vivre dans la peur et l’incertitude du lendemain. Qui sait combien leur coûtera leurs caddies au supermarché le mois prochain ? Sûrement pas la même chose qu’aujourd’hui.

Une collègue argentine qui avait fait un échange universitaire à Barcelone m’avait confié, émerveillée, qu’elle était retournée à Barcelone quelques années après son Erasmus, et que les prix n’y avaient pas changé d’un poil. Situation difficilement imaginable dans son pays.

5- Un pays très fragile à la conjoncture internationale

A cause de sa fragilité économique et de sa dépendance aux devises étrangères, l’Argentine est très sensible aux changements économiques internationaux. En effet, une évolution du dollar a toujours des répercussions fortes pour ses entreprises. Par conséquent, une mauvaise économie globale a forcément des effets négatifs sur la croissance argentine. Fragile de l’intérieur, donc, mais aussi de l’extérieur.

6- Un passé qui hante encore les mémoires

Il ne faut pas oublier que le pays a connu une dictature militaire entre 1976 et 1983. Durant ces années noires, les Argentins ont subi des tortures, assassinats et autre violations des droits humains.

Ceci a laissé des cicatrices et a forcé le pays à entamer un processus de réconciliation qui se poursuit encore aujourd’hui.

Qui sait à quel point ces années traumatisantes (qui datent finalement d’il y a moins de 40 ans) influencent toujours la vie actuelle des Argentins ? Et surtout, la confiance qu’ils portent à leurs dirigeants ?

Voici donc les principales raisons de la complexité de la situation en Argentine.

Après avoir lu cet article, vous n’y comprenez probablement pas beaucoup plus. Mais au moins, maintenant, vous savez pourquoi.

Pour des infos sur la vie porteña, retrouvez le manuel de survie des Français à Buenos Aires.

2 réflexions au sujet de “Pourquoi personne ne comprend rien à la politique argentine”

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