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3 leçons universelles à tirer de la crise économique argentine

Si j’ai depuis longtemps abandonné l’idée de comprendre ce qui se passe en Argentine, ça ne m’empêche pas d’essayer de tirer des enseignements de leurs crises à répétition.

Jusqu’ici, j’ai identifié trois choses universelles que l’on peut apprendre de la situation économique du pays.

1- Tout système économique repose sur la confiance des gens

On a tendance à oublier que nos institutions ne fonctionnent que parce que l’on croit en elle.

Les billets et les pièces d’argent n’ont de la valeur que parce que collectivement, on accepte de leur en donner. Ça n’est pas Dieu qui a inventé l’argent, ce sont les hommes. Ces derniers ont également inventé les banques, les entreprises, le système judiciaire, le système politique. Mais finalement, il ne s’agit que d’illusions collectives qui nous aident à nous organiser.

Que se passe-t-il, si, soudainement, un pays entier arrête de faire confiance en sa monnaie ? Demandez aux Argentins, ils connaissent le problème par cœur. A chaque fois que leur pays entre dans une crise, les marchés financiers prennent peur et retirent subitement leurs investissements. Et pour éviter de perdre toutes leurs économies, les Argentins se précipitent à la banque pour changer leurs pesos argentins en dollars. Ce comportement ne vient pas de nulle part : en 2001, à cause d’une profonde crise, les banques ont fait faillite et les gens ont perdu tout leur argent. Et quand beaucoup de personnes ou entreprises changent leurs pesos pour des dollars, cela entraîne un cercle vicieux de dépréciation du peso. Et fatalement, le pays finit par faire défaut sur sa dette.

C’est la raison pour laquelle les politiques argentins passent leur temps à clamer haut et fort de ne pas s’inquiéter et d’avoir confiance dans le futur. C’est réellement l’état d’esprit des gens et des marchés financiers au moment présent qui déterminera leur futur économique. On pourrait résumer ça avec les formules suivantes :

Confiance générale dans le futur = les gens consomment et investissent = l’économie est stimulée = croissance

Appréhension dans le futur = les gens économisent et se tournent vers une monnaie stable comme le dollar = l’économie plonge = crise économique

2- Les phénomènes économiques sont très complexes à interpréter pour ceux qui n’ont pas de prix Nobel

Afin d’entrevoir l’origine de la crise argentine actuelle, il est nécessaire de comprendre d’où vient le pays. L’Argentine, au long du XXème et du XXIème siècle, a connu des dirigeants très différents : des péronistes, des néo-libérales, des populistes… Et parfois tout ça en même temps. Le pays a même connu une dictature militaire durant les années 70. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les différences des dirigeants argentins n’ont pas aidé à stabiliser la nation.

D’où vient réellement la crise actuelle ? Vous aurez une réponse différente à chaque fois que vous changerez d’interlocuteur. Le président actuel a certainement sa part de responsabilité. Mais les dirigeants précédents, les Kirchner, en sont également responsables, à cause de leur corruption, de leur protectionnisme et du manque de diversification de l’économie datant de leur mandat. Il ne faut pas oublier la violente crise de 2001, qui a plongé le pays dans un chaos dont il peine encore à se relever aujourd’hui. Celle-ci était en partie dûe aux politiques du président Menem, à l’instauration d’une caisse d’émission (currency board en anglais, qui correspond à une liaison du peso argentin au dollar américain) mais aussi à l’hyperinflation qui pesait déjà sur le pays à la fin du XXème siècle. N’oublions pas de mentionner les fonds vautours américains, qui, en réclamant le remboursement de la dette argentine, n’a pas aidé le pays à s’en sortir après 2001. Que dire du déficit commercial, de l’explosion des inégalités, ou encore des limites de l’investissement privé instaurées par les K (les Kirchner), puis subitement retirées par Macri ? Je ne parlerai même pas de l’attitude du FMI, critiqué par certains pour avoir accepté de faire des prêts importants à un pays clairement instable.

Bref, vous l’aurez probablement compris : (pratiquement) personne n’y comprend rien. Afin de réellement saisir les enjeux économiques, il est nécessaire de prendre en compte une myriade de facteurs macroéconomiques, couplés avec la confiance des investisseurs, la conjoncture économique mondiale, la situation politique nationale passée… Chacun y va de sa théorie et de ses prévisions concernant le destin du pays. Et ces dernières se révèlent rarement justes.

(A part quand on prédit une crise, évidemment. En présageant une crise future en Argentine, vous avez quand même peu de chances de vous tromper.)

Certes, certains économistes parviennent à y voir un peu plus clair. Il y a peu, Paul Krugman, prix Nobel d’économie, évoquait les causes de la crise argentine actuelle sur son compte twitter. Il commence d’ailleurs son thread par « j’essaye de comprendre le désordre argentin« . Si un prix nobel d’économie « essaye » de comprendre le « désordre », quel espoir nous reste-t-il à nous autres, simples mortels ?

C’est pourquoi, au sein de la population argentine, bien peu sont ceux qui saisissent vraiment les origines et les causes des crises à répétition. Mais attention, ce phénomène est loin d’être réservé à l’Argentine ! Dans notre monde globalisé, il est de plus en plus difficile de déterminer les causes des problèmes économiques. Notre planète est devenu si interconnectée, complexe et imprévisible, que démêler les symptômes des causes afin d’attribuer des responsabilités est souvent un casse-tête. Et ce même pour les experts, qui se contredisent entre eux et utilisent fréquemment des arguments biaisés par leurs opinions politiques.

Lorsque la croissance va bien et que les ressources naturelles abondent, il est relativement aisé pour un politicien d’être populaire. Par contre, lorsque c’est la crise et que les gens n’ont pas d’argent, le mécontentement gronde. Mais connait-on la vraie responsabilité des dirigeants dans la santé économique du pays ? Qu’est-ce qu’une personne lambda peut vraiment y comprendre, de ces situations ridiculement compliquées dont on ne sait plus comment sortir ?

3- La vie continue

C’est probablement la leçon la plus marquante de la crise argentine, surtout pour un étranger. Malgré la crise, la récession, la pauvreté, les gens s’adaptent. A tout !

Les prix augmentent chaque semaine dans les supermarchés ? Le gouvernement impose des limites drastiques de retrait d’argent ? Les produits importés coûtent une fortune, ce qui oblige les Argentins à se rabattre sur des objets locaux de mauvaise qualité ? Le peso argentin perd quotidiennement de sa valeur ?

Rien de nouveau sous le soleil. Si le monde devait s’écrouler à chaque crise, le pays n’existerait plus depuis belle lurette.

Franchement, existe-t-il quelque chose qui puisse surprendre un Argentin ? J’en doute. Ils sont nés dans ce quilombo (comprendre « bordel ») permanent. Ils y mourront probablement. Le ciel passe son temps à leur tomber sur la tête, et finalement, ils y ont toujours survécu.

La résilience des Argentins face aux crises à répétition est tout simplement admirable. Par force de l’habitude ou par résignation, les Argentins font face, un fernet à la main et une empanada dans l’autre. Ils le savent bien : la seule solution, c’est d’aller de l’avant.

C’est d’ailleurs sûrement la raison pour laquelle les Argentins sont si créatifs. A Buenos Aires, il semble que chaque habitant fait partie d’un groupe de musique, prend des cours de dessin, ou étudie l’astrologie à ses heures perdues. Après tout, quel meilleur échappatoire que l’art, devant tant d’instabilité ?

Ils m’ont demandé : »comment c’est, de vivre en Argentine ? »

Au milieu de ce quilombo, nous autres étrangers devrions apprendre de nos homologues argentins. Qu’est-ce qui nous dit qu’un jour, nos économies ne passeront pas par des turbulences similaires aux leurs ?

Pour en savoir plus sur la vie à Buenos Aires, rendez-vous sur le manuel de survie des Français à Buenos Aires.

Et par ici pour plus de memes sur l’Amérique Latine.

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