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Pourquoi les Etats-Unis sont-ils si lents à réagir face au réchauffement climatique

Avertissement : l’article ci-joint ne provient d’études en particulier, mais juste de mon expérience personnelle et de mes réflexions. Je pense en effet qu’une partie du problème environnemental réside dans le fait que la première puissance mondiale, à l’avant-garde de tellement de choses, refuse de faire face à la destruction de l’environnement à laquelle on assiste aujourd’hui.

Déjà, revenons sur le titre de l’article. Pourquoi suis-je en train d’accuser les USA d’être trop lents concernant le dérèglement climatique ?

Par là, je ne veux pas dire que la France, ou bien l’Europe en général, ont déjà tout compris au problème.

Mais au vu des conversations que j’ai eues avec des Américains, du peu d’articles sur le sujet dans leurs médias et de la popularité croissante de Donald Trump, je pense qu’au niveau de la conscience écologique, les USA sont complètement à la ramasse.

Ceci ne signifie pas qu’il n’y ait pas quelques habitants ou communautés qui ne comprennent pas l’étendue du problème. Mais il existe encore bien peu de prise de conscience collective de la destruction de l’environnement aux USA, et un niveau de climato-scepticisme hallucinant (en 2019!).

Les Etats-Unis, maîtres du monde et de la galaxie

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été fascinée par les Etats-Unis. Si j’habite depuis quelques années en Amérique Latine, mon premier grand amour fut clairement américain (du nord). Et même si j’aime l’espagnol, l’anglais a toujours eu une place spéciale dans mon cœur. C’est la langue de mes séries favorites, de mes chanteurs préférés, et soyons honnêtes, des meilleurs memes qu’on puisse trouver online (et puis d’Harry Potter, ça compte aussi).

Vivre à New York, mon rêve d’enfant

Je ne pense pas être la seule à subir une influence si forte de la part des USA. Après tout, après la chute de l’URSS, le monde entier semble s’être mis au diapason de cette nation. La société de consommation s’est davantage infiltrée en Europe et dans le monde. On a vu nos villes envahies de chaînes de fast-food américaines, de marques de vêtements américaines, de blockbusters américains.

Quand j’étais petite, on disait que quand quelque chose se passait aux USA (inventions, innovations…), ça arrivait 10 ans plus tard dans l’Hexagone.

Et vu la direction prise par la France, que ce soit au niveau de la « start up nation » ou de l’augmentation des inégalités, on ne peut qu’être assez d’accord avec cette observation. On pourrait même dire que la France talonne de plus en plus les Etats-Unis.

Et c’est pour ça que le peu de réaction des Américains face au réchauffement climatique m’inquiète.

Les Américains, ces serials entrepreneurs

Laissez-moi vous dire une chose : si les USA avaient pris conscience de l’amplitude du drame écologique, grâce à l’esprit d’entrepreneuriat de ses citoyens, ça fait longtemps qu’on aurait inventé des tas de solutions pour diminuer notre impact environnemental au quotidien.

En effet, j’ai rarement vu un peuple aussi ouvert au changement que les Américains. Ces derniers passent leur temps à créer de nouvelles choses, à dépasser leurs limites, et à croire que tout est possible, parce qu’après tout, leur pays est celui de l’American Dream. Contrairement à une nation traditionnelle comme la France, qui a plus de mal à engager des réformes ou à changer de direction.

(je suppose que cela a à voir en partie avec le fait que la France soit un vieux pays, tandis que les USA ont à peine plus de 200 ans)

A l’heure actuelle, si les USA avait compris à quel point il faut protéger l’environnement, je vous garantis qu’on serait envahi de séries TV avec des personnages écolos, des marques biodégradables en provenance de NY et de LA, de chansons promouvant le véganisme, l’utilisation de vélos et l’économie d’électricité. Ils se seraient dépêchés d’investir dans les énergies renouvelables et auraient mis en place un cortège de réformes vertes. Leurs messes du dimanche évoqueraient sans cesse l’importance de protéger Mother Earth, leurs gourous religieux (de vraies superstars là-bas) prôneraient la défense de l’environnement sur toutes les chaînes à la TV, leurs avions voleraient à l’énergie solaire et le marché de la mode éthique exploserait.

Pas que je pense que ces actions soient la solution ultime à la protection/réparation de l’environnement. Perso, je suis plutôt pour la décroissance. Mais bon, ça aurait quand même été un bon début. Et la preuve de l’acceptation d’un problème.

Et grâce à leur immense influence, la France et le reste du monde se mettraient à leur diapason en adoptant leurs pratiques. Ce qui pousserait le monde dans une meilleure direction. Pas parfaite, certes. Mais mieux que celle d’aujourd’hui, qui consiste à faire du greenwashing à tour de bras sans rien changer en profondeur.

Oui mais voilà, ce scénario n’est pas prêt d’arriver. En effet, le réchauffement climatique est un problème extrêmement difficile à résoudre pour les USA. Parce qu’il demande à une nation entière de remettre en question les bases mêmes de sa fondation.

Voici, selon mon humble opinion, pourquoi le pays le plus riche du monde accorde toujours si peu d’importance au dérèglement climatique en 2019.

Quelques raisons expliquant l’indifférence des USA face à la destruction de l’environnement

1- Les Etats-Unis : un immense pays avec beaucoup de ressources

Le territoire américain est immense : il mesure approximativement la même taille que l’Europe entière, mais avec moitié moins d’habitants. Si ses côtes sont très peuplées, l’intérieur du pays est relativement vide, exception faite de quelques grandes métropoles. Ce qui fait que les USA bénéficient d’immenses espaces naturels abritant encore une vie sauvage relativement importante. Ce qui est à l’origine du sentiment d’abondance de ressources qui y règne : comment serait-ce possible un jour de manquer de quelque chose, avec toute cette nature à portée de main ?

Quand j’étais en échange universitaire sur un campus américain, en 2012, je fus assez surprise du peu d’importance accordée à l’économie des ressources. Si l’écologie, en France, n’était pas si développée qu’aujourd’hui, on avait quand même déjà l’habitude d’éteindre la lumière en quittant une pièce et de fermer le robinet en se lavant les dents. Habitudes loin d’être adoptées par les étudiant de mon campus. Couper la lumière en sortant… Pourquoi donc ? Cette notion que « un jour, les ressources viendraient à manquer » était totalement étrangère à la mentalité américaine.

2- Un climat déjà difficile et extrême

La France bénéficie d’un climat relativement tempéré. Nos températures descendent rarement en dessous de -10° ou au dessus de 35°.

Ceci n’est pas le cas aux Etats-Unis, qui connaissent d’immenses variations selon les états. Ils ont l’habitude du froid polaire et des étés suffocants. Ils ont même leurs lots de cyclones, de tempêtes de neige et de tremblements de terre.

Si un épisode caniculaire ou un froid extrême est exceptionnel en France, c’est loin d’être le cas en Amérique. Le dérèglement climatique met donc plus de temps à se faire sentir outre-Atlantique.

3- Un pays fondé sur le capitalisme

Les Américains sont les rois de l’entrepreneuriat. Quand je suis arrivée aux Etats-Unis pour mon échange, la chose qui m’a le plus marquée, c’est cette manière qu’ont les Américains de croire que tout est possible, et que yes, you can. On est constamment encouragé à croire en ses idées et à essayer de faire des choses, même s’il faut prendre des risques.

Autant je connaissais déjà beaucoup de choses de la culture américaine (les gobelets rouges remplis de BudLight, les frat houses, la nourriture peu diététique…), autant je ne m’attendais pas à rencontrer cette mentalité de « winner » à toute épreuve, si éloignée de celle de la France.

Pour comprendre la place qu’occupe le capitalisme et l’entrepreneuriat pour les Américains, il faut remonter à la création du pays, au 18ème siècle. Les premiers Européens sont arrivés dans un pays relativement vierge, mis à part quelques indigènes (qui furent d’ailleurs rapidement éliminés). Des immenses espaces inexplorés, des animaux, des poissons, du bois à foison… Un nouveau monde à créer.

Pour les Américains, le capitalisme, l’entrepreneuriat et le libre-échange sont tous synonymes de LIBERTÉ.

Et pour un peuple qui s’est construit en fuyant l’oppression, la liberté est une valeur fon-da-men-tale.

Selon leur hymne national, ils vivent sur une terre de liberté, « land of the free« . Remettre en cause le libéralisme ou le capitalisme, c’est considéré par les Américains comme une violation de leur liberté la plus élémentaire, celle d’entreprendre et de gagner de l’argent. A la limite du blasphème. C’est d’ailleurs en partie pourquoi ils sont contre l’idée de payer beaucoup d’impôts ou de cotiser pour un système de santé public. L’argent qu’ils gagnent leur appartient à eux seuls, et au diable le socialisme (ou, encore pire, le communisme).

Pour eux, le capitalisme est un moyen d’être libre. En théorie, bien sûr, pas toujours en pratique. Difficile de justifier un tel système quand on voit les conditions de vie d’une large partie de la population, sans sécurité sociale, sans accès à l’éducation et sans sécurité financière. Il n’empêche que l’idée prévaut encore aujourd’hui.

D’ailleurs, petite parenthèse : c’est la même logique concernant l’utilisation d’armes à feu. Pour beaucoup d’Américains, porter une arme est un droit fondamental qui leur permet de se sentir en sécurité. D’où les difficultés à les réguler, alors qu’elles sont la cause de tant de terribles fusillades.

Imaginez 2 minutes : comment réagiriez-vous, si on essayait de vous enlever ce que vous considérez être des libertés élémentaires ?

4- Un rapport différent à l’argent

Ce point découle directement du précédent.

Pour les Français, associer l’argent à quelque chose de positif n’est pas forcément évident. Nous avons une relation paradoxale avec le fait de gagner beaucoup d’argent, et nous sommes moins à même de reconnaître que nous voulons être riches. Ou que le but notre vie est de chasser la prospérité.

Ce complexe, aux Etats-Unis, est moins répandu. Au contraire, gagner beaucoup d’argent est souvent synonyme de travailler dur. Encore une fois, pas forcément en pratique, mais du moins en théorie. Il n’y pas de honte liée au fait d’être riche, mais plutôt une certaine fierté, accompagnée d’un statut social. Cela pourrait venir entre autres de la principale religion aux Etats-Unis, le protestantisme. Contrairement à d’autres branches du christianisme, le protestantisme encouragerait la prospérité.

Or, protéger l’environnement va forcément mettre un frein à l’accumulation de capital, puisqu’on ne pourra plus utiliser à tout va les ressources comme on le fait aujourd’hui. Il faudra bien regarder la vérité en face : la croissance infinie dans un monde aux ressources finies est tout simplement impossible.

Et ceci, encore une fois, va à l’encontre des libertés des Américains. Pour qui la poursuite du bonheur, qui se traduit souvent par la poursuite de l’argent, est un droit basique.

5- Un rapport à la nature différent

Mélangez une abondance de ressources avec un esprit d’entrepreneur à toute épreuve, et vous vous retrouverez avec une croyance profondément ancrée selon laquelle la nature est là pour servir l’homme.

C’est grâce à la nature que les Etats-Unis se sont enrichis. C’est elle qui leur a fourni tous les éléments pour construire une nation à partir de zéro. C’est elle qui nourrit leurs entreprises et qui les rend prospères. Pourquoi diable devrait-on l’économiser ? La nature donne, donne, et ne se plaint jamais, c’est sa fonction première.

(Tristement, les USA sont loin d’être les seuls à avoir cette mentalité. Mais je pense qu’elle y est plus ancrée que dans d’autre pays)

Ce n’est pas pour rien que les Père fondateurs, en débarquant sur la côte Est des Etats-Unis, ne se sont pas entendus avec les Amérindiens. Ces derniers se considéraient comme faisant partie intégrale de la nature, et savaient qu’ils devaient vivre en harmonie avec elle. Il ne leur venait pas à l’esprit de l’exploiter.

Pas étonnant qu’ils furent rapidement massacrés.

Edit : après la publication de l’article, j’ai décidé d’ajouter le paragraphe suivant.

6- Une confiance absolue en la technologie

Depuis le début du XXIème siècle, la Silicon Valley a été le berceau d’une multitude d’inventions qui ont toutes contribué à drastiquement changer la vie des Américains, et des humains en général. Effectivement, Internet et les avancées technologiques ont rendu la vie plus compliquée et plus simple à la fois.

Ceci a contribué à donner aux Américains une foi inébranlable en la technologie. Nombreux sont ceux qui pensent que la solution viendra de nouvelles innovations qui changeront la donne. Aux antipodes de certains écologistes radicaux, qui critiquent la pollution engendrée par la tech, et qui ne pensent pas qu’un problème si énorme puisse être réparé avec de nouvelles machines.

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Pour résumer.

Je pense que les valeurs sur lesquelles se sont fondées les Etats-Unis sont pour le moment incompatibles avec la protection de l’environnement. Il est vrai qu’à l’heure de la mondialisation, on retrouve certaines d’entre elles dans de nombreux pays. Mais elles sont particulièrement fortes dans le pays de l’Oncle Sam car elles constituent le socle fondateur du pays.

Si l’on veut enfin prendre en compte la santé de la planète sur laquelle on vit, et protéger nos ressources, la libre entreprise et la recherche du profit en prendront forcément un coup. Or, les Américains ne semblent pas prêts à faire des compromis sur ce qu’ils considèrent comme des libertés immuables.

A partir de là, où aller, si ce n’est dans le mur ?

Si vous voulez creuser davantage le sujet de la destruction de l’environnement (youhou), je vous recommande chaudement le livre Ishmael qui se penche sur les maux de notre civilisation.

7 réflexions au sujet de “Pourquoi les Etats-Unis sont-ils si lents à réagir face au réchauffement climatique”

  1. Je dirais oui et non parce que finalement les États-Unis c’est tellement grand que c’est difficile de faire des généralités et, par exemple, l’autre jour je lisais un article de National Geographic sur la Californie qui, elle, est à l’avant-garde de la lutte contre le réchauffement climatique (en partie précisément parce que le climat est déjà rude et qu’ils ne peuvent pas se permettre que ça soit pire) et il y a déjà eu dans le passé des normes nées aux États-Unis (concernant le nombre de voiture ou la protection d’espaces naturels) qui se sont répandues ensuite dans tout le pays. Donc tout n’est pas perdu !

    Aimé par 1 personne

    1. Oui ça n’est pas faux, ça fait longtemps que la Californie se préoccupe de l’environnement. Par contre paradoxalement c’est aussi un état très consumériste donc ils sont surtout tournés vers l’idée qu’il faut faire attention à l’environnement pour continuer à vivre dans le confort et la technologie, donc restent finalement en surface. Il y a bien peu de remise en question de la croissance ou du système économique. On peut espérer que ce soit une question de temps !

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  2. Hello ! Je suis d’accord avec toi sur l’aspect “le pays du capitalisme”, et c’est vrai que même chez des personnes assez pauvres il y a une idéologie très ancrée d’indépendance, de “refuser d’être assisté” même si ça revient à avoir zéro couverture santé et à se dégrader lentement, à s’user au travail…

    Cependant je pense pas qu’on puisse généraliser en disant “les français” et “les américains”. Dans ces deux pays, on trouve des groupes de personnes aux opinions et surtout aux intérêts contraires ! Les grands patrons américains et français s’entendent comme larrons en foire, pas de souci, ils sont du même monde. Mais je suis pas sûre par exemple que les banlieues américaines ultra paupérisées où vivent les familles noires qui voient leurs enfants se faire tuer par la police adhèrent forcément à l’american dream et à l’esprit d’entreprise par exemple… je pense que l’attachement aux libertés individuelles, finalement à l’esprit libéral, qu’on associe aux USA, c’est quand-même très marqué “petite classe moyenne blanche” type WASP. En France aussi ceci-dit, les clichés républicains, égalité liberté fraternité, etc, difficile pour des personnes qui vivent le racisme et les violences policières d’y adhérer. Or on est pas forcément autant confrontés à ces personnes là qu’à nos camarades d’études, d’échanges universitaire etc (enfin je prends mon cas en disant ça, je ne sais pas dans quelle situation tu es de ce côté !).

    De la même façon, je ne pense pas que ce soit toujours un “manque de compréhension” des enjeux qui explique l’inaction climatique aux USA et ailleurs. Beaucoup d’élus ne sont pas bêtes, ils ont enregistré ces infos (enfin y’a de vrais climatosceptiques bourrins purs et durs aux USA aussi aha), mais d’une part en adhérant à ce système économique et politique ils ne peuvent en réalité pas faire grand chose, d’autre part est-ce que c’est vraiment dans leur intérêt ? Quand on voit la collusion public-privé aux USA, je me dis qu’il y a des gens qui sont prêts à se faire un max d’argent sur la fin du monde, jusqu’au bout…

    Bon c’est pas des perspectives très réjouissantes je le reconnais

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    1. Oui je suis d’accord avec toi concernant le fait qu’au sein des USA, il existe des réalités bien distinctes, comme en France d’ailleurs. Donc c’est toujours délicat de faire des généralités sur un pays, qui bien sûr englobe des gens très différents. Néanmoins aux USA, pour ce que j’en ai vu, la mentalité est vraiment celle de « winner », d’entreprendre, et de faire de l’argent. En France je pense que l’argent a une place un peu moins importante. Mais ça reste une généralité, qui est à nuancer selon les situations.

      Par contre là où je diffère un peu avec toi, c’est que je pense vraiment qu’il y a moins de compréhension aux Etats-Unis concernant le réchauffement climatique. Moins de prises de conscience. Le Français moyen est quand même sensibilisé à la protection de l’environnement, plus que l’Américain moyen. Le niveau de climato-scepticisme est vraiment élevé, même chez les politiques, et je pense qu’un grand nombre d’entre eux ne veut tout simplement pas adresser le problème. Parce que l’accepter voudrait dire mettre un frein au libéralisme.

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