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Pour ou contre faire de l’humanitaire en voyage ?

Dans un monde qui semble de plus en plus dénué de sens, entre réchauffement climatique et stress quotidiens, de nombreuses personnes souhaitent profiter de leurs vacances pour faire des volontariats à l’étranger. Aujourd’hui, on ne veut plus seulement partir en vacances pour se la couler douce au bord de la mer. Non, si on voyage, c’est aussi pour voir briller la reconnaissance dans les yeux des populations qu’on vient aider, le temps de quelques jours.

Mais, est-ce que faire de l’humanitaire en voyage, c’est vraiment une bonne idée ?

Vaste question à laquelle il est difficile d’apporter une réponse tranchée. J’apporte ici quelques éléments qui pourront vous aider à prendre une décision éclairée sur le programme de vos prochaines vacances.

Quelques explications sur le volontourisme

Volontourisme est un mot valise né de volontariat et de tourisme. Il désigne un séjour touristique au cours duquel on s’engage dans une mission humanitaire.

Il faut différencier la mission humanitaire proposée par une association ou une ONG, donc un établissement non lucratif, et le volontourisme, qui est souvent offert par des agences de voyage qui font de l’argent sur ce genre de séjour. C’est d’ailleurs l’un des problèmes posés par ce type de voyage alternatif : ils sont devenus un véritable business juteux dans lequel s’engouffre des agences recherchant davantage le profit que la vraie aide aux populations locales. Résultat des courses : les missions sont souvent mal adaptées aux besoins sur place, ça coûte hyper cher pour les volontaires, et la misère est transformée en une attraction touristique.

Sans parler de certains volontourismes qui sont carrément toxiques. Par exemple, travailler quelques semaines dans un orphelinat est une absurdité sans nom. Déjà parce que les enfants de l’orphelinat sont dans une grande fragilité psychologique. Voir passer des nouvelles personnes tous les mois est tragique pour eux : ils s’attachent à des gens qui passent leur temps à les abandonner. Par ailleurs, certains enfants ont des parents démunis qui les placent en orphelinat contre de l’argent. Cette statistique de l’UNICEF est édifiante : au Cambodge, 70% des enfants placés en orphelinat ont au moins un parent en vie. Plus d’infos sur les volontariats en orphelinat ici.

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Enfin, le volontourisme pose problème aussi parce qu’il envoie des personnes non qualifiées faire du travail qui demande souvent des diplômes. Résultat : les populations locales bénéficient parfois très peu, et même pas du tout, de la présence des volontaires. Si vous n’avez pas de compétences pour enseigner l’anglais ou soigner des animaux, par exemple, vous risquez d’avoir un impact bien minime. La vie des populations sur place ne sera pas particulièrement améliorée, mais l’agence avec laquelle vous partez s’en sera mis plein les poches.

Le White savior

Autre concept à connaître : celui du white savior, le sauveur blanc. Il n’est pas rare de voir des blancs, Européens ou Américains, se rendre en Afrique ou en Asie pour « sauver » les populations locales, avec une attitude s’apparentant parfois à celle du colon.

Le compte parodique de « barbie savior » donne à voir une illustration du concept, en faisant poser une jolie barbie glamour aux côtés de populations démunies, selfie stick dans une main et gobelet starbucks dans l’autre.

https://www.instagram.com/barbiesavior/

Mis à part son narcissisme évident, en quoi le white savior est-il problématique ? Et bien parce qu’il vient renforcer un discours qui divise le monde entre les blancs riches et « supérieurs » d’un côté et les noirs pauvres, démunis et incapables de s’en sortir tout seul. Le white savior arrive dans un pays sur lequel il connaît bien peu de choses, pour appliquer des mauvaises solutions à des problèmes qu’il a mal compris.

Pour avoir travaillé dans une association internationale en Argentine, j’ai pu observer que ce concept de « white savior » se retrouve également au sein de grandes ONGs. Bien souvent, les décisions sont prises dans les quartiers généraux des assos, situés dans les pays développés. Ce qui fait que les financements vont parfois aux mauvais endroits et que les vrais besoins ne sont pas adressés, puisque mal compris par les pays « riches ». Personne ne connaît mieux le terrain que les populations locales, et personne ne peut donc savoir mieux qu’elles comment améliorer leurs vies.

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Allô Paris ? Envoyez vite quelqu’un remettre à l’endroit le sac à dos panda de ce pauvre enfant !

Alors, faire de l’humanitaire en voyage, c’est toujours mal ?

Doit-on renoncer pour autant à nos envies d’aider les pays moins favorisés que le notre ?

Non, pas forcément. Mais avant de partir en mission, il est essentiel de vraiment réfléchir à son projet, et surtout, de bien choisir l’organisme avec lequel on part. Privilégiez les vraies associations et ONGs, surtout pas les agences qui se font de l’argent sur le dos de la misère du monde.

Le but de cet article n’est pas de vous empêcher d’apporter votre aide pendant un séjour. Néanmoins, il est très important de comprendre les concepts de « volontourisme » et de « white savior » avant de s’embarquer dans un volontariat, afin de ne pas tomber dans les pièges mentionnés ci-dessus.

Vous ne partez pas pour vous donner bonne conscience, mais pour que les populations locales reçoivent un réel bénéfice. Ce qui nous emmène au prochain paragraphe…

Si je veux avoir un impact positif sur le monde, comment puis-je faire ?

Si vous désirez vraiment avoir un impact sur les populations démunies, vous n’avez pas besoin de partir à l’autre bout du monde.

Selon moi, le plus important à faire est de s’éduquer. Lisez, cherchez sur Google, regardez des documentaires. Questionnez les choses, essayez de comprendre votre environnement. Le monde d’aujourd’hui ne s’est pas fait en un jour, et les problèmes comme la pauvreté, la famine et les inégalités trouvent très souvent leur racine au même endroit.

Vous trouvez pas ça bizarre de payer une misère des vêtements made in Cambodge, Bangladesh, Inde, puis de partir sur place donner des cours d’anglais aux mêmes personnes qui les cousent ? Ne serait-ce pas plus logique que ces personnes soient rémunérées correctement, donc de payer un prix décent lorsqu’on achète ces mêmes vêtements ?

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N’est-ce pas étrange que ce soit des enfants congolais qui aillent chercher le coltan dans des mines, au péril de leurs vies, afin qu’on construise nos téléphones portables ? D’ailleurs vous trouvez pas ça curieux de payer une fortune pour un Iphone, envoyant votre argent enrichir la Silicon Valley, alors que les personnes qui les construisent souffrent de violations des droits de l’homme ?

N’est-il pas surprenant que le continent le plus riche en ressources du monde soit aussi le plus pauvre ?

Soyons clairs : vous n’avez pas créé vous-mêmes les inégalités de ce monde. Vous êtes né dedans. Vous n’êtes donc pas obligés de les porter sur vos épaules.

Mais quelqu’un qui cherche à partir en mission humanitaire, c’est quelqu’un qui cherche à contribuer à construire un monde meilleur. Et quelqu’un qui cherche à construire un monde meilleur, c’est quelqu’un qui se doit d’ouvrir les yeux sur les réalités sociales, économiques et environnementales. Et qui doit donc se rendre compte que les problèmes des pays moins développés trouvent souvent leur solution dans les politiques appliquées par les pays les plus développés. Vous souhaitez aider le tiers-monde ? Demander à nos politiciens de changer les règles et d’agir. Indignez-vous de la marche du monde et du « business » tel qu’il est conduit aujourd’hui par nos dirigeants.

A titre personnel, ce qui m’énerve dans ce business humanitaire, c’est la contradiction qui existe chez ceux qui supportent le système économique actuel tout en voulant faire le bon samaritain et « sauver » ceux qui n’ont pas eu la chance de naître du bon côté de la barrière. Ceux qui travaillent pour des multinationales polluantes puis vont ramasser des déchets sur la plage. Ceux qui prennent des selfies dans des manifestations contre le réchauffement climatique puis qui font des posts sponsorisés par des marques peu éthiques sur Instagram.

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Non, cette photo n’est pas sponsorisée par Adidas

Vous voulez sauver l’Afrique ? Commençons par payer un prix normal pour les ressources qu’on importe, par stopper le contrôle colonialiste encore en vigueur de leurs monnaies par le gouvernement français et arrêter de déverser nos déchets toxiques sur leurs plages. De cette façon, en étant en contrôle de ce qui leur appartient, ils n’auront plus besoin qu’on vienne leur donner d’une main ce qu’on leur prend de l’autre.

Il est grand temps de faire face à ces contradictions et à bien se rendre compte d’une chose : c’est le système économique actuel, complètement hors de contrôle, qui entretient les inégalités qu’on a devant les yeux. Et vous serez étonnés de voir qui est d‘accord avec moi – mis à part Karl Marx.

3 réflexions au sujet de “Pour ou contre faire de l’humanitaire en voyage ?”

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